Le 4e plan mis en place par l’entreprise de métrologie a séduit 55 % des 850 salariés français. Un succès qui tient beaucoup à la régularité des opérations antérieures. Et à la pédagogie déployée par l’équipe RH.

« Olivier Delrieu, dirigeant de Trescal, a toujours considéré qu’associer les collaborateurs à la bonne marche des affaires était une approche vertueuse, consubstantielle à la réussite de l’entreprise », expose Marie-Zoé Beaugrand, chief of staff & resource officer de Trescal Group.

Deux ans après avoir pris son indépendance, cette ancienne entité du groupe Air Liquide spécialisée dans les services de métrologie pour l’industrie mettait en place, en 2009, son premier plan d’actionnariat salarié (AS)* ouvert à l’ensemble de ses équipes en France.

Dans le non-coté, la démarche est peu fréquente. Elle nécessite en effet un certain formalisme et un minimum de transparence, auxquels se greffent des contraintes techniques, dont la détermination de la valeur du titre.

Convaincre les nouveaux

Trescal, qui affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus de 350 millions d’euros et compte 3 850 collaborateurs dans le monde – dont deux tiers de techniciens – a renouvelé l’opération en 2012, 2014 et 2019. Avec, l’année dernière, un enjeu supplémentaire : celui de convaincre les 300 nouveaux salariés d’une entreprise acquise en 2018 d’entrer au capital de l’entité française.

« Nous leur en avions déjà parlé au moment du rachat, mais nous avons attendu la constitution du nouveau CSE (comité social et économique, NDLR) pour présenter le plan au printemps 2019 », raconte Valérie Roudier, responsable administration, paie et formation de Trescal France. Appuyée par les « Trescaliens » historiques, l’explication de texte a convaincu : « Le projet a été approuvé de manière unanime par nos partenaires sociaux ».

Montée avec l’aide de la société de conseil et de gestion Eres, l’opération consistait en une augmentation de capital réservée aux salariés à hauteur de 1,1 million d’euros, dans le cadre du plan d’épargne groupe. Avec des actions (logées dans un fonds commun de placement d’entreprise, FCPE) bénéficiant d’une décote de 20 %, et un abondement de l’employeur de 100 % à concurrence de 600 euros. De quoi limiter les risques.

Une vidéo en « motion design »

La période de souscription avait été fixée à quatre semaines entre juin et juillet. « Nous voulions qu’elle intervienne après le versement de la participation et il nous fallait attendre l’agrément de l’AMF (Autorité des marchés financiers) », précise Valérie Roudier. Un paiement en dix fois prélevé sur la fiche de paie était également prévu pour les collaborateurs ne disposant pas de participation à placer.

Restait à prêcher la bonne parole auprès des équipes. La responsable le sait : « Cela nécessite beaucoup de pédagogie et de transparence. Il faut être proche des salariés ». Eclatée sur le territoire, l’entreprise a donc organisé un roadshow. « L’équipe de direction s’est déplacée dans les 30 agences pour exposer le projet et répondre aux questions des collaborateurs. Nous avons également diffusé largement une vidéo explicative en ‘motion design’ ».

Un dispositif de communication complété par la mise en place d’une adresse mail générique pour lever les dernières interrogations.

Grand Prix FAS 2019

L’opération a rencontré un joli succès, avec un taux d’adhésion de 55 % (contre 50 % en 2014). « Nous avons tenu nos objectifs d’investissement », se félicite Valérie Roudier, qui voit dans l’AS plusieurs avantages RH : « Impliquer les salariés dans la création de valeur génère un sentiment d’appartenance. C’est un outil de fidélisation. Par ailleurs, le fait d’être acteur de son entreprise change les points de vue. Cela permet de parler de sujets différents, de voir les choses sous un autre angle. »

L’entreprise, qui grossit beaucoup par croissance externe et compte plus de 3 000 collaborateurs hors de l’Hexagone, souhaite étendre son dispositif d’AS à d’autres pays. « C’est plus complexe qu’en France, confesse Marie-Zoé Beaugrand, mais nous l’avons déjà fait en Angleterre et nous nous penchons à présent sur les Etats-Unis ».

En décembre dernier, Trescal a décroché le Grand Prix FAS (Fédération française des associations d’actionnaires salariés et anciens salariés) dans la catégorie des sociétés non cotées sous RES ou LBO avec actionnariat salarié collectif.  Le jury ayant, entre autres, pointé « l’excellente pédagogie » déployée autour du projet.

*A noter que la loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises (Loi Pacte) contient plusieurs dispositions visant à favoriser le développement de l’actionnariat salarié dans les entreprises privées.

par Hélène Truffaut, article publié le 21/01/2020 sur www.focusrh.com

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