Que les fusions-acquisitions soient un exercice périlleux, c’est bien connu. Mais que les entreprises pratiquant l’actionnariat salarié les bouclent avec succès dans 95% des cas l’est beaucoup moins ! C’est pourtant ce qu’a montré une étude menée aux Etats-Unis et publiée début 2017, portant sur les résultats d’opérations de fusions-acquisitions réalisées dans des entreprises pratiquant l’actionnariat salarié.

L’étude, réalisée par Suzanne Cromlish, professeure en management à la Saint Xavier University de Chicago, au cœur d’un Midwest très ouvert à l’actionnariat salarié, s’est décomposée en 2 étapes. D’une part, elle s’est entretenue avec 20 dirigeants d’entreprises pratiquant l’actionnariat salarié collectif et ayant lancé des opérations de fusion-acquisition, et avec 10 managers issus d’entreprises reprises par l’une de celles-ci. D’autre part, 86 entreprises possédant un ESOP (Employee Share Ownership Plan, équivalent américain du FCPE français) ont répondu à un questionnaire en ligne.

Les résultats sont sans appel, et ils sont édifiants. Sur plus de 800 opérations, près de 95% d’entre elles se sont avérées un succès, aboutissant à des bénéfices pour les actionnaires au bout de 2 à 3 ans. A titre de comparaison, aux Etats-Unis, la réussite moyenne d’opérations de fusions-acquisitions est seulement de 53%. Qui plus est, les entreprises acquéreuses ont, en moyenne, conservé 90 à 95% des salariés des entreprises acquises.

Selon, les entreprises interrogées, l’actionnariat salarié a joué un rôle crucial dans le succès de ces opérations. En effet, les entreprises acquéreuses considéraient systématiquement les salariés des entreprises cibles comme des atouts à conserver. Elles ont ainsi pratiqué la transparence et la communication vis-à-vis des salariés des entreprises cibles, qui se sont sentis impliqués et accompagnés. Résultat : 90 à 100% des salariés des entreprises acquises ont adhéré aux ESOP de leur nouvelle maison-mère, ce qui vient confirmer la très grande popularité de ce véhicule aux Etats-Unis. Les entreprises possédant un ESOP semblent d’ailleurs s’être largement rendu compte de l’avantage que leur confère leur actionnariat salarié dans les opérations de fusion-acquisition, puisque leur nombre annuel moyen a été multiplié par quatre sur la période 2011-2015 par rapport aux trois décennies précédentes.

Cette étude apporte un éclairage tout neuf sur ce que l’actionnariat salarié peut apporter au monde des fusions-acquisitions même si nous l’avions déjà évoqué dans notre article sur les impacts positifs de l’actionnariat salarié. La meilleure illustration en France de ce phénomène est probablement celle du BTP, un secteur qui vit des mouvements de concentration réguliers. Ainsi, les entreprises du SBF 120 de ce secteur sont détenues à 7% par leurs salariés, contre une moyenne de 2,2% dans le SBF120 (cf. étude Eres sur l’actionnariat salarié).