Les avantages de l’actionnariat salarié sont légions quand il s’agit d’impliquer et de motiver ses employés. A l’image des grands plans américains ESOP (Employee Stock Ownership Plan), ces dispositifs d’actionnariat salarié sont souvent utilisés comme des leviers RH, pour optimiser les rémunérations et accroitre la loyauté.

Très utilisée aujourd’hui dans les grandes entreprises, la mise en place d’un plan d’actionnariat salarié peut être aussi particulièrement efficace pour de plus petites entreprises, et ce pour des raisons spécifiques à leur nature.

Le sénateur américain Julian Cyr décrit dans un article du Bizjournals, la situation qu’a traversée l’entreprise familiale de ses parents. Fondé dans les années 1970, le restaurant « Adrian’s » a connu un succès fulgurant dans la zone très touristique qu’est l’Outer Cape (Cape Cod), dans le Massachussetts.

C’est en travaillant dans ce même restaurant que Julian apprit le sentiment particulier d’appartenance à une communauté, qui unit les travailleurs d’une même entreprise. Il y a, au-delà du contrat professionnel, un attachement particulier qui lie les employés à leur lieu de travail : les habitudes, relations entre collègues ou encore certaines méthodes de travail spécifiques. Les employés sont, après le fondateur, les individus les plus imprégnés de la culture de l’entreprise et de son fonctionnement.

Après une expansion remarquable jusqu’au début des années 2000, la question de la succession de l’entreprise émergea dans l’esprit des parents de Julian, les fondateurs du restaurant. A la recherche d’acheteurs potentiels, ces derniers se rendirent compte qu’un tel business n’attirait pas les investisseurs financiers.

Julian nous raconte que la vente de l’entreprise aux employés de longue date aurait été la meilleure solution pour faire pérenniser le restaurant. Malheureusement, la mise en place d’un tel dispositif était beaucoup trop complexe à gérer à l’époque, si bien que les fondateurs du « Adrian’s » y renoncèrent. En conséquence, le restaurant ferma ses portes en 2012, faute d’avoir pu trouver le bon repreneur.

Au-delà du cas du restaurant de ses parents, l’auteur nous explique que l’actionnariat salarié est effectivement la solution idéale pour toute petite entreprise souhaitant faire perdurer son activité à travers ses salariés. Selon une étude du National Center for Employee Ownership (NCEO), les salariés actionnaires ont une ancienneté moyenne 53% supérieure à celle des autres salariés. De même, l’étude d’Eres sur l’actionnariat salarié en France démontre que dans le SBF120, les entreprises à forte culture d’AS ont en moyenne un taux moyen de départs volontaires plus faible (6,7%), comparé aux autres entreprises (9,6%).

Nous vous donnons rendez-vous en septembre pour la publication des résultats de l’étude sur l’actionnariat salarié 2019.

S’il y a bien une chose qui unit les différents bords politiques américains, c’est l’actionnariat salarié. Le président Ronald Reagan le voyait déjà comme l’étape supérieure de l’économie américaine, en prononçant notamment ces fameux mots « C’est un chemin qui est digne d’un peuple libre ». Plus récemment le sénateur indépendant Bernie Sanders (considéré aux Etats Unis comme un socialiste) se montrait en faveur de l’idée d’un fonds national d’aide aux entreprises pratiquant l’actionnariat salarié. Il y a une réelle volonté politique unanime et historique de promouvoir ces dispositifs à travers les Etats-Unis d’Amérique. Une étude de 2016 démontre même que 68% des américains considèrent qu’être actionnaire de son entreprise est « typiquement américain », au même niveau que le « hot dog » !

Mais malgré tous les bénéfices qu’il représente, c’est bien souvent la méconnaissance des chefs d’entreprises et des salariés à l’égard de ces dispositifs qui ralentit son utilisation. L’étude Eres – BDO sur l’actionnariat salarié dans les PME non cotées en France estime que seulement 4% des entreprises ont mis en place un plan d’actionnariat salarié. Parmi toutes celles qui n’ont pas eu recours à ces dispositifs, 35% disent tout simplement ne pas y avoir pensé !

Dans l’optique de combler ces lacunes en matière d’actionnariat salarié dans les entreprises non cotées, la loi PACTE, promulguée le 22 mai 2019, renforce et étend les avantages de ces dispositifs notamment avec la décote maximum qui passe de 20% à 30% (pour un blocage de 5 ans) ou le forfait social sur l’abondement réduit à 10% pour l’actionnariat salarié (loi de financement de la sécurité sociale), et même 0% dans les entreprises de moins de 50 salariés.