En 2016, la France est toujours championne d’Europe de l’actionnariat salarié « démocratique », selon la dernière édition de l’étude Eres sur l’actionnariat salarié coté.

Selon l’étude présentée le 20 septembre dernier, en 2016 :

  • 76,3% des entreprises françaises cotées ont des plans d’actionnariat pour l’ensemble de leurs salariés contre une moyenne européenne de 47% ;
  • 35,8% des salariés sont actionnaires contre 22% en Europe (taux de démocratisation) ;
  • Les salariés (non dirigeants) détiennent 4% du capital contre 1,6% en Europe.

eres

En 2016, la France cumule :

  • 37% des actionnaires salariés européens (2,7 millions de salariés actionnaires en France contre 7,3 millions en Europe) et
  • 30% de la capitalisation détenue par les salariés actionnaires : 92,7 Md€ en France contre 309,6 Md€ en Europe.

Pourquoi la France est-elle championne d’Europe de l’actionnariat salarié ? 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène :

  • La France a une longue tradition de réconciliation du capital et du travail initiée par Général de Gaulle quand il a créé l’intéressement et la participation (cf. « 1949 : Le capitalisme à la papa et les professionnels de la lutte des classes ») ;
  • Grâce au PEE qui existe depuis 1967 et permet depuis 1986 d’acquérir des actions de l’entreprise, faculté ouverte notamment pour les privatisations de l’époque. C’est un formidable outil car l’abondement est un filet de sécurité, la participation et l’intéressement sont un bon carburant qui évite au salarié de «sortir l’argent de sa poche» ;
  • Grâce au développement du FCPE (Fonds commun de placement d’entreprise), outil 100% français et donc unique au monde, qui a plusieurs avantages :

→ Si tous les autres pays proposent aux salariés d’acheter directement des actions de l’entreprise, en France la plupart des opérations collectives sont réalisées à travers un fonds commun de placement d’entreprise (FCPE) réservé aux salariés des entreprises.
→ Cet outil très souple permet d’intermédier et donc de simplifier la relation avec la collectivité des actionnaires salariés, tout en garantissant leur représentation via le Conseil de Surveillance.
→ Il permet également, si c’est souhaité, d’introduire des mécanismes d’amortissement des risques, via l’abondement, la décote, ou des mécanismes de levier avec garantie en capital.
→ Lorsqu’il est investi en titres non cotés, il prévoit le ou les mécanismes adaptés de liquidité.

Bonne nouvelle : plusieurs pays européens dont l’Allemagne sont en train d’autoriser le FCPE de façon pérenne.

A ces facteurs, nous pouvons aussi ajouter la bonne performance et la rentabilité des opérations d’actionnariat salarié, lancées par les entreprises en France (cf. L’actionnariat salarié reste performant dans les entreprises cotées en France)

Enfin, si la fiscalité reste incitative (qui ne taxe pas au moment de la souscription et quasiment pas à la sortie du plan), son instabilité freine le développement de l’actionnariat salarié en France.

Championne d’Europe de l’actionnariat salarié, la France a vu tout de même son taux de démocratisation dans les grandes entreprises cotées baisser (35,8% en 2016, 37,2% en 2015, 44,4% en 2014). Baisse en partie liée l’alourdissement de la fiscalité sur les plans d’actions gratuites mondiaux et collectifs. Il a très probablement dissuadé certains groupes d’en réaliser alors qu’ils ont un impact très fort puisqu’ils touchent automatiquement 100% des salariés. En se référant à notre base, seuls 3 plans d’actions gratuites ont été mis en place en 2016 contre 5 en 2015, 8 en 2013 et 2014 ou encore 10 en 2012.

Actions gratuites : fin du feuilleton. Pas de rétroactivité mais un nouveau régime dégradé pour les attributions à venir.