Afin de favoriser les ventes de véhicules « propres » en France, des députés de la majorité proposent de débloquer l’épargne salariale pour acheter une voiture. Pourquoi cette initiative ne tient-t-elle pas la route ?

Pour relancer les ventes dans le secteur automobile, et développer le parc de voiture « propres », des députés de la majorité s’apprêteraient à proposer la création d’un cas de déblocage des avoirs d’épargne des PEE (Plans d’Epargne d’Entreprise) pour l’achat d’une voiture neuve peu polluante ».

On a du mal à reprocher à une industrie et une majorité de chercher des solutions pour doper les ventes et atteindre un objectif de politique publique, mais selon nous cette initiative ne tient pas la route.

Des mesures pour « relancer » l’économie automobile, baptisées « balladurette » (prime à la casse de 5000 francs (762 euros) pour l’achat d’une voiture neuve, contre la mise au rebut d’un véhicule de plus de dix ans) et « jupette » ont déjà été instaurées dans les années 90.
Ces mesures ont-elles changé le visage du secteur automobile ? Non. Elles l’ont sans doute aidé temporairement, de façon marginale, mais la fin de ces dispositifs temporaires a toujours eu un effet désastreux sur les ventes.

De plus, cette possibilité ne serait offerte que pour ceux qui achètent des voitures « propres », mais combien de personnes seront concernées? Faudra-t-il que les voitures soient fabriquées en France ? Dans quelles proportions ? Autant donner les modèles et les marques autorisées alors. C’est un leurre de penser que sous prétexte que les gens peuvent débloquer leur épargne salariale, ça leur donnera l’envie d’acheter une voiture hybride ou électrique française et la capacité d’achat additionnelle nécessaire pour le faire.

Et puis pourquoi ne s’intéresser qu’au secteur automobile ? Ce n’est pas le seul secteur qui souffre en fonction des cycles économiques et des réglementations et il n’y a pas que les voitures qui polluent.  Les constructeurs de motos, les fabricants de système de chauffage, d’électroménager ou les vendeurs d’isolation thermique (fenêtres, qui viennent d’obtenir une promesse de subvention) pourraient eux aussi revendiquer une part de l’épargne salariale et ce de manière aussi légitime que le secteur de la distribution automobile.

Ce qui est proposé n’est pas une prime de l’Etat, c’est juste la possibilité d’utiliser une épargne déjà constituée et bloquée. Or, les salariés peuvent déjà toucher leur participation ou leur intéressement au moment où ils sont versés par l’entreprise. Ceux qui ont besoin d’argent ne l’ont donc pas investi dans leur plan d’épargne. Beaucoup n’ont donc pas d’épargne bloquée.

Pour les autres qui épargnent, le message est mauvais. Puiser ainsi dans l’épargne salariale des Français, investie à 60% en actions, au moment où on cherche à la développer dans la loi PACTE, c’est quelque part reprocher aux Français d’épargner trop et de ne pas assez dépenser, leur adresser une injonction contradictoire, et réduire le financement de l’économie. Et ce au moment où l’on rend obligatoire dans le PEE la proposition d’un choix de placement de transition écologique et énergétique !

L’épargne des Français est soit une épargne de précaution qui doit pouvoir être mobilisée à court ou moyen terme, notamment en cas de chômage, soit une épargne à long terme, nécessaire pour la retraite. Ce principe de précaution est plus fort que toutes les incitations à la dépense. Proposer aux Français d’abandonner leur épargne au profit d’une consommation immédiate est une fois de plus une incitation à privilégier le court contre le long terme.  Soit dit en passant, si on voulait débloquer des sommes vraiment importantes, ce n’est pas dans l’épargne salariale qu’il faudrait puiser, mais dans l’assurance vie qui représente une part majoritaire de l’épargne des français !

Cette proposition est une preuve supplémentaire de l’absence de vision économique dans notre pays. Ce genre de demi-mesure ressemble à un cautère sur une jambe de bois. Le parc automobile ne plaît pas ? Le pansement de l’épargne salariale ne suffira pas à le mettre à niveau ! Espérons que cette proposition ne sera pas retenue par le gouvernement ni votée par le parlement.