Toutes choses égales par ailleurs, le report de l’âge légal de liquidation de la retraite de 60 à 62 ans offre 5% de marge de manœuvre sur le taux de remplacement. Démonstration.

Dans un précédent post (« Dans le mur et en chantant »), on a vu qu’il était possible de résumer le taux de remplacement d’un régime par répartition (à l’équilibre) par une équation faisant ressortir trois grandes variables : taux de cotisation, rapport actifs cotisants / retraités, effet richesse (croissance économique réelle).

Ces variables sont soumises à des contraintes externes sur lesquelles le politique n’a, malgré ses rodomontades et autres agitations réglementaires, que peu de poids : contexte économique général, évolution démographique, espérance de vie.  A noter toutefois que les deux derniers présentent l’avantage d’être fortement anticipables car résultant de tendances lourdes. La compétitivité des entreprises et le maintien du pouvoir d’achat sont par ailleurs d’autres limites qui se rappellent à lui très rapidement.

Nous sommes partis d’un taux théorique de remplacement moyen obtenu à ce jour par la formule suivante : taux de remplacement = 60%  = 25% (cotisations) x 1.42 (rapport cotisants/retraités) x 1.70 (facteur richesse).

Les leviers sur lesquels on peut agir sont au nombre de sept et n’ont pas tous les mêmes vertus. Évacuons le levier numéro 7 que constitue l’endettement par transfert de la charge à une autre génération (déficit du régime et endettement externe), ou le transfert de la charge sur un autre régime (l’endettement « moral » insidieux constitué par les péréquations faites au profit de régimes « spéciaux »).

Le levier numéro 6 est souvent oublié, mais il faut rappeler qu’une amélioration de 10% de productivité sur des coûts de gestion de 1,16% des prestations (CNAV 2010 – Source : portail de la sécurité sociale) représente 0.12% d’amélioration du rendement des cotisations. Porté dans l’équation, ce gain permet d’améliorer de 0,2% le taux de remplacement – il n’y a pas de petites économies.

Le levier 5 est souvent mis en avant, mais se traduit dans les faits par des mécanismes privilégiant l’emploi non productif (au sens ou son financement n’est assuré que par l’impôt) ou ne cotisant pas (compte-tenu des exonérations de charges).  Ce qui ne règle rien.

Attardons nous sur le levier 4 puisqu’une réforme récente suivie de sa contre-réforme (toutes deux pertinentes pour une sauvegarde du régime dans l’équité) a reporté l’âge de la retraite de 60 à 62 ans dans le cas général.

Les classes d’âge (même année de naissance) des années 50 (proches de la retraite) représentent en moyenne 1.7% de la population de plus de 20 ans. Deux années, ce sont donc potentiellement 3,4% de cotisants en plus et 3,4% de retraités en moins.  En fait, il faut corriger ce chiffre du taux d’emploi des seniors (40% en 2010) car on ne crée pas un cotisant avec quelqu’un qui de toute façon ne travaillerait pas.  Le ratio actifs cotisants sur retraités passe alors de 1.42 à 1.50. Porté dans la formule, et toutes choses étant égales par ailleurs, cela fait passer le taux de remplacement théorique de 60,4% à 63,8% (3,4 points), soit dans les faits une capacité à absorber 5% de dégradation liés à d’autres facteurs…