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Banque et finance dans le partage de profit

Le partage de la valeur, pilier de stabilité dans le secteur du BTP en chantier 

Temps de lecture 5mn

Le BTP, un secteur en crise en France

Selon les résultats publiés le 13 mai 2025, Eiffage a enregistré un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros au premier trimestre, en hausse de 8,3 % sur un an. Cette croissance est portée par l’international (+24,6 %), tandis qu’en France, le chiffre d’affaires n’augmente que de 0,6 %, reflet des tensions du marché. Le groupe évoque les difficultés du secteur du bâtiment, frappé par une chute de 13,9 % des mises en chantier et une baisse d’activité estimée à 5 % en 2024. Le BTP a déjà perdu 28 000 emplois en France en un an, et jusqu’à 150 000 suppressions de postes sont redoutées d’ici fin 2025. Malgré la conjoncture, Eiffage a choisi d’aller de l’avant en annonçant le 27 février une augmentation de capital de 286,5 millions d’euros exclusivement dédiée à ses salariés. Et si le partage de la valeur devenait le ciment anti-crise ? 

Renforcer le lien entre performance et engagement par le partage du profit

Bien que le secteur du BTP traverse une crise caractérisée par un ralentissement du logement neuf et une pression sur les marges, l’épargne salariale et l’actionnariat salarié restent des piliers porteurs dans les grands groupes du secteur. Des entreprises, comme le géant Vinci, continuent de bâtir des dispositifs solides de partage de la valeur. Ce dernier a augmenté le montant des primes de participation et d’intéressement de 141 millions d’euros en 2021 à 270 millions d’euros en 2024, soit une croissance de près de 100% en 3 ans. Dans le secteur du BTP, l’enveloppe d’épargne salariale des entreprises du SBF120 a doublé, contre une hausse de 70% (1) dans les autres secteurs de l’indice. Cette politique du partage du profit dans le secteur du BTP traduit la volonté de ces groupes de consolider les fondations sociales en fidélisant les salariés, même dans un contexte économique tendu. Les entreprises du BTP comptent depuis longtemps parmi les acteurs les plus impliqués dans le développement du partage de la valeur et de l’actionnariat salarié, qu’elles perçoivent comme des leviers structurant leur politique sociale. 

L’actionnariat salarié permet la stabilisation des effectifs dans le BTP

L’obsolescence du modèle de carrière linéaire complique la fidélisation. Pourtant, les grandes entreprises du BTP, comme Saint-Gobain, réussissent à maintenir une forte stabilité : moins de 2 % de variation d’effectif sur quatre ans, avec plus de 90 % de CDI, malgré un contexte économique difficile. Cette résilience sociale s’appuie largement sur l’épargne salariale, devenue un pilier de leur politique RH. Les primes collectives (participation, intéressement, abondement) ont progressé en moyenne de 28 % par an, illustrant un engagement fort en faveur du partage de la valeur. 

L’actionnariat salarié joue également un rôle clé : entre 2019 et 2024, le taux de départs volontaires est de 8,1% dans les entreprises à forte culture d’actionnariat salarié, contre 12,1 % dans celles où elle est faible. En associant davantage les salariés aux résultats, les entreprises du BTP renforcent leur sentiment d’appartenance et amortissent les chocs conjoncturels. Dans un secteur soumis à des cycles d’activité et à une tension constante sur les compétences, ce levier RH constitue un véritable outil de rétention et de cohésion sociale.

La consolidation et la protection du capital de l’entreprise par l’actionnariat salarié

Historiquement, les entreprises du BTP ont associé leurs salariés à leur capital. Chez Bouygues, l’actionnariat salarié a été instauré en 1969 à la suite de l’ordonnance de 1967 sur la participation. Une grande impulsion a été donnée à partir des années 1990 par Martin Bouygues, après une tentative de prise de contrôle du groupe par Vincent Bolloré lorsque le taux de participation au capital des employés avoisinait 7%. En 2024 dans le groupe Bouygues ce taux s’élève à 22%, soit le taux le plus élevé du SBF120, suivi par Eiffage (21%) et Vinci (11%). Ainsi, les entreprises du secteur de la construction du SBF120 se  distinguent par une participation plus importante des salariés au sein du capital. Celle-ci atteint en moyenne les 11% dans le BTP contre 3% dans les autres secteurs. De plus, les salariés sont les premiers actionnaires chez Vinci et Saint-Gobain. Ces dispositifs agissent comme un contrepoids aux investisseurs internationaux et peuvent être inclus dans une stratégie défensive pour limiter le risque d’OPA hostiles et maintenir le contrôle sur le capital 2. 

L’actionnariat salarié profite aux salariés du BTP

Les dispositifs d’actionnariat salarié permettent d’optimiser et de fiabiliser la rémunération des employés souscripteurs. L’impact de la fluctuation de performance de l’entreprise sur les salaires est réduit grâce aux dispositifs tels que la décote ou encore l’abondement. Dans le secteur du BTP, en 2024, 83 % des opérations d’actionnariat salarié intègrent l’abondement, en plus d’une décote pouvant atteindre 20 % sur le prix de l’action chez Eiffage et Saint-Gobain.  

Comme tout actionnaire, les salariés qui participent aux opérations d’actionnariat salarié bénéficient du versement des dividendes lorsque ceux-ci sont distribués. Les employés du BTP profitent de conditions d’investissement avantageuses notamment par la décote et l’abondement. 

Sur la période 2019-2024, un salarié moyen du BTP réalise un gain de près de 80% 

Type d’actionnaire Montant apporté en 2019 Montant + 100% abondement Gain sur le prix de l’action en 2024 Dividendes 2019-2024 Gain total 2024
Salarié 100€ 173,66€ 148,80€ 8,95€ 157,75€
Externe 100€ 100€ 28,94€ 8,95€ 37,89€

Un salarié du BTP ayant investi 100 € lors d’une opération d’actionnariat salarié en 2019, aurait réalisé en moyenne, cinq ans plus tard, un gain plus de quatre fois supérieur à celui d’un actionnaire externe grâce à un abondement de 100% et une décote de 10. Ces dispositifs représentent des avantages substantiels pour les salariés. 

L'actionnariat salarié, un pilier essentiel du secteur BTP

Dans un contexte où le BTP traverse une zone de turbulences économiques, l’épargne salariale et l’actionnariat salarié apparaissent comme des leviers puissants de stabilité sociale et financière. En créant un pont entre les salariés et résultats de leur entreprise, ces dispositifs renforcent la motivation, la fidélité et la résilience des effectifs. Ils jouent aussi un rôle stratégique dans la défense du capital face aux incertitudes, faisant des salariés l’une des pierres angulaires de l’entreprise. Dans un secteur en chantier, le partage de la valeur devient un véritable pilier porteur. 

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