La Commission Européenne a publié hier son livre blanc sur les retraites dont les conclusions sont proches de celles de l’Observatoire des Retraites Européennes de DEBORY ERES. Voici notre réaction à ce rapport notamment sur la diversité entre les pays de l’Union en termes d’avancement des réformes, de travail des seniors et de cumul emploi retraite.

Tout d’abord si dans tous les pays de l’Union, les pensions versées représentent une part croissante dans le PIB (de 10% aujourd’hui à 12,5% en 2060), les dépenses liées aux régimes publics de retraite et leur impact sur les finances publiques ne sont pas du tout les mêmes : 6% du PIB en Irlande contre 15% en Italie. Ainsi les pays qui ont déjà fait basculer une partie des régimes complémentaires obligatoires vers le privé ont déchargé les budgets étatiques d’un lourd fardeau. Vous pouvez consulter le post sur la réforme irlandaise en cours.

La Commission Européenne ne le dit pas aussi clairement, mais nous pensons que dans tous les pays de l’Union, l’âge de départ en retraite sera le même à terme (65-67 ans) car il n’y a aucune raison qu’ils soient différents si les espérances de vie sont identiques. En revanche certains pays doivent encore faire l’effort pour le repousser, la France notamment, alors d’autres l’ont fait, certains depuis longtemps notamment dans les pays nordiques.

De même au final le taux de remplacement obtenu grâce aux régimes obligatoires dans tous les pays devrait s’harmoniser : entre 40 et 50%. Chaque pays pourra être plus ou moins généreux mais dans une marge limitée. L’allongement de la durée de travail des prochaines années permettra dans certains pays (Danemark, Pays-Bas, Allemagne) de maintenir ou légèrement augmenter le taux de remplacement actuel déjà très bas et dans d’autres (France, Pologne) ne fera que limiter la baisse d’un taux aujourd’hui élevé.

Mais cet allongement ne suffit pas car il faut que les seniors trouvent un emploi or là encore les disparités sont grandes entre les pays. Certains pays ont déjà intégré cette « contrainte » dans leur marché du travail. Il est logique que ce soient ceux qui ont déjà réformé leur système en augmentant l’âge de la retraite. Ainsi en Allemagne le taux d’emploi des seniors est de 57% et 70% en Suède. Dans les pays qui n’ont pas encore fait leur réforme, le taux d’emploi des seniors est très en retard. En France par exemple seuls 40% des seniors de 55 à 64 ans ont un emploi et 36,6% en Italie.

Penser que dans 30 ans, notre retraite sera assurée uniquement par un système par répartition étatique est un leurre. Certaines décisions nous seront imposées (âge légal de départ en retraite), mais il faudra agir individuellement, en épargnant de façon individuelle ou collective pendant sa vie active, en acceptant de retarder son départ en retraite si on en est encore capable et/ou de cumuler emploi et retraite. Ce n’est qu’en combinant ces différents moyens que les retraités de demain pourront maintenir leur niveau de vie et de ce point de vue, les politiques notamment en France ne peuvent se satisfaire d’une réforme des retraites qui toucherait au seul financement des régimes par répartition.