Dans tous les pays les études statistiques scrutent les écarts de revenus disponibles des populations. Mais le prisme d’analyse et de communication en dit long sur les angles de vue culturels…

Nous avons déjà ici parlé de l’exploitation des écarts de revenus et de patrimoine effectués à partir des statistiques de l’INSEE.
Vous serez intéressés de savoir que des enquêtes équivalentes sont effectuées aux Etats-Unis et que le projet de loi de finances de Barack Obama pour 2013, qui inclut des hausses de prélèvement pour les ménages aisés, s’appuie sur une étude similaire réalisée par la Fed de Minneapolis.

L’angle d’exploitation des données fournies par ces études traduit profondément les différences culturelles d’appréciation des inégalités dans les deux pays :

  • En France, l’élévation du niveau de vie global et le coefficient de Gini (mesure de l’écart de revenus entre les populations) assez faible (0,291 en 2007) a été écartée des analyses pour ne retenir que l’accroissement de l’écart entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches. Sans reprendre la discussion sur revenus et patrimoines des plus aisés, et sur la différence entre rémunération et gloutonnerie, il y a là un angle d’attaque accusateur, visant à opposer, néfaste à une débat nécessaire et apaisé sur ce qui est raisonnable ou pas et sur le fonctionnement de notre redistribution. Ce fonctionnement mériterait d’être remis à plat à la fois au niveau des prélèvements (qui finance, à hauteur de combien, pour à la fois permettre le partage et stimuler l’envie de créer des richesses à partager en France), et au niveau des mécanismes de redistribution entre assistance (solidarité envers les plus précaires ou redistribution verticale) et assurance (couverture de tous contre un risque ou redistribution horizontale).
  • Aux Etats-Unis, ou le coefficient de Gini de départ est plus élevé (0,463 en 2007), c’est l’écart des revenus des 20% les plus pauvres à la moyenne qui a été retenu comme angle de mesure. Depuis le début de la crise, il s’est accru de 30% et a déclenché la réforme fiscale. On est vraiment au cœur de la cohésion nationale et du souci, non pas d’accuser ou de faire fuir les plus riches, mais de faire progresser la nation tout entière, sans laisser personne en chemin.

Dans les deux pays beaucoup reste à faire pour élargir l’assiette d’imposition, mitée par des exemptions de tous ordres, et redistribuer mieux, avec pour objectifs :
– de ne pas pénaliser l’attractivité pour les créateurs de richesses, tout en les faisant justement contribuer
– de vraiment soutenir les plus précaires.

Et beaucoup reste à faire pour alléger les taxes et charges qui pèsent sur la compétitivité de nos entreprises de base française, et faciliter la redistribution de la richesse qu’elles créent. La réforme de la fiscalité des entreprises envisagée aux Etats-Unis, qui se traduira par une augmentation des recettes, mais un allègement de l’impôt sur les sociétés pour les PME et entreprises de base américaine, et un alourdissement pour les entreprises qui produisent à l’étranger ou payent leur impôt ailleurs, est un volet dont on aimerait qu’il soit abordé aussi en France. «Notre système actuel de taxation des entreprises est obsolète, injuste et inefficace. (…) Il fournit des avantages fiscaux à ceux qui délocalisent des emplois et des capitaux, et frappe les entreprises qui font le choix de rester aux Etats-Unis avec l’un des taux les plus élevés au monde» a commenté Barack Obama le 22 février dernier. A méditer….