Les.statistiques sur les encours ISR gérés en France par des sociétés de gestion de portefeuille (« SGP ») sont en trompe l’œil. Alors que les encours des fonds ISR traditionnels sont en baisse, les statistiques font état d’un marché en forte croissance. Normal, car l’essentiel de la croissance est tiré de fonds monétaires transformés en fonds monétaires ISR. Ce phénomène reste largement français, que faut-il en penser ?

J’ai toujours été convaincu  de l’attention portée par les meilleurs gérants aux critères extra-financiers lors de la sélection de valeurs : non pas que les SGP cherchent à se positionner en père la morale, mais de façon beaucoup plus pragmatique, elles cherchent à limiter les risques : quelles conséquences financières pour mon investissement si un émetteur adopte un comportement environnemental ou social violant des normes ou hors norme ? Il s’agit aussi de protéger la réputation de la SGP en évitant tout risque critique des épargnants, des conseils de surveillance de FCPE…. Les démarches d’engagement se multiplient avec de nombreuses adhésions de SGP à la charte PRI (principes pour l’investissement responsable – ONU), la loi sur le grenelle qui imposera aux SGP dans les prochains mois la transparence sur le sujet devrait confirmer cette tendance.

Concernant l’apport de l’ISR dans la gestion monétaire, il me semble que ce marché cherche à s’approprier des encours qui pourraient desservir sa cause, tant les motifs d’interrogation sont légitimes :

1. Un investissement monétaire est un investissement à court terme, la gestion ISR durable véhicule des valeurs de long terme. Une politique sociale ou environnementale se construit dans le temps, l’horizon n’est clairement pas celui de l’investisseur monétaire. On peut rétorquer que le court terme renouvelé c’est du long terme, l’argument reste faible.

2. Une créance ne donne pas de droit de vote. La seule manière pour le gérant de manifester son désaccord serait l’exclusion. Or il existe très peu de fonds d’exclusion.

3. S’agit-il d’un comportement ISR  d’exclure l’investissement dans des produits complexes (au motif qu’ils seraient toxiques) et, dans le même temps, d’ investir dans des obligations ou créances de banques qui fabriquent ces mêmes produits complexes. On exclut Philip Morris qui fabrique des cigarettes, on conserve des banques qui fabriquent les titrisations. Il s’agit d’un raccourci, mais le lecteur comprendra que l’apport de l’ISR reste là bien limité.

4. Les îles Caïmans, paradis fiscal, abrite un nombre gigantesque d’émissions obligataires. Peut-on être un fonds monétaire ISR sans exclure ces émissions ? Quelle transparence affichent les fonds monétaires et obligataires ISR sur ce sujet ?

5. Faut-il souscrire aux obligations américaines, le plus gros émetteurs au monde mais pays où la peine de mort est encore en vigueur dans certains états ?

6. Comment interpréter les signaux divergents d’une agence de notation financière et d’une agence de notation ISR ?

7. Enfin, mais il y aurait bien d’autres développements, les agences de notation ISR sont sensibles au volume généré par les fonds monétaires, mais semblent réservées tant l’impact de l’ISR dans la gestion obligataire ou monétaire reste aujourd’hui théorique.

L’ISR est un sujet très sérieux et très complexe. Ce marché gagnerait en lisibilité en ne se fourvoyant pas trop rapidement dans une course à la taille qui pourrait le desservir.

Lire aussi :

L’Investissement socialement responsable (ISR) a du mal à séduire les particuliers