La suite de ma journée d’immersion chez les profs dans le collège de Charlotte.

« Il ne faudrait pas qu’on exporte ailleurs le merdier de l’Education Nationale »

On va déjeuner, cette année c’est préparé sur place, chaud, et bon (et bio). Friand (grosse rigolade sur la mention « Friands » au tableau du menu : « Ehh t’as vu ? Des « Frii-anndzes » comme dans la série !»), Jarret de porc-petits légumes, Clémentines.

A table, les sujets que je connais désormais, mais c’est symptomatique de les retrouver comme l’année passée :

  • Discipline. Le collège est 4/5 donc très bien noté en rapport « CSP des parents/sécurité/localisation géographique ». Mais il y a l’appréhension de la fin de l’année et de l’excitation et des débordements qui vont avec, une discussion sur le cas récent d’une mère ayant fait un esclandre dans le couloir devant les autres élèves en contestant l’application du règlement pour son rejeton, et le sujet du jour : un portable sans carte sim retrouvé dans les locaux et sans propriétaire, donc probablement volé. La routine. Manifestement me dira Charlotte, en dépit d’un milieu plus favorisé que son collège de l’année passée, les élèves sont plus difficiles. Je lui laisse la responsabilité de son analyse sur le moindre respect du professeur chez les enfants de milieux plus aisés, ce n’est pas moi le prof. J’ai juste trouvé qu’ils étaient mieux élevés que l’année dernière.
  • Logistique de fonctionnement. Tiens, ici aussi il y a un prof qui s’occupe en extra de régler les problèmes d’informatique du collège… et manifestement là c’est la borne d’accès réseau qui est en rade aujourd’hui. « Le conseil général est connu pour ne jamais réceptionner ses travaux, les entreprises en profitent, ici il y a des prises réseau derrière lesquelles il n’y a pas de câbles… ».
  • Caractère ubuesque des instructions et des systèmes d’évaluation du Ministère. « On a de bons résultats par rapport à notre indice avec une bonne « plus-value » (sic) établissement mais on ne sait pas comment l’indice est calculé ». Manifestement on calcule un taux de réussite normatif au brevet tenant compte des caractéristiques du collège et on mesure s’il est au-dessus ou en-dessous en résultats réels, et on attribue la performance à différents facteurs. L’attribution de performances : une technique utilisée dans les reporting de gestion de portefeuille 😉 . Ils m’interrogent sur la raison de ma présence, je leur raconte mes démêlés avec Charlotte l’année dernière sur BFM Business, et leur parle de notre accord d’échange « prof contre entrepreneur ». L’un d’eux réagit « super idée de vous faire venir, mais pour nous, en entreprise, « Il ne faudrait quand même pas qu’on exporte ailleurs le merdier de l’Education Nationale ».

Après ce déjeuner, je suis confirmé dans mon impression de la dernière fois qu’il vaut mieux connaître les profs un par un, après on peut râler contre le système mais pas contre eux pris isolément.

Le souci de chaque enfant

14h-15h Charlotte a organisé mon accueil en auditeur libre par un de ses collègues professeur d’histoire, charmant. C’est un cours de 3e. « Hitler et l’antisémitisme ».

Je confirme que prof, c’est un métier !  Il faut soutenir le rythme pour tenir et intéresser la classe, avec des variations régulières des exercices et des supports. L’objectif est affiché dès le départ « souvent vous ne voyez que les détails, à la fin de la séance on fera un exercice en petit groupe pour essayer de trouver les idées générales à partir des détails». On commence par un documentaire en vidéo extrait du remarquable (si vous n’avez pas vu les 6 épisodes de la série, faites-le) « Apocalypse » de Clarke et Costelle. Suit une discussion générale questions/réponses. Ensuite on reprend le documentaire et cette fois-ci on doit chercher à repérer les infos qui illustrent les concepts.

Au passage j’apprends des choses que je ne savais pas, par exemple qu’à partir de janvier 1939, les Juifs ayant un prénom d’origine « non- juive » doivent ajouter « Israël » et « Sara » à leur prénom. On n’a jamais fini d’apprendre.
Puis on dicte le cours, on commente un document en apprenant comment interpréter l’évolution d’un indice en « base 100 en… ». Tout cela en étant interrompu 2 fois par l’administration dans un cours de 55 minutes, avec 2 minutes de perdues pour reprendre le contrôle de la classe, cela fait baisser l’efficacité…

Il y a un élève qui manifestement n’a pas le moral (cela se voit sur son visage triste, et il a posé le crayon). Lors d’un exercice individuel de prise de notes, le prof va s’en occuper. Questions ouvertes pour savoir ce qui ne va pas, sans intrusion, avec délicatesse. Cela doit être cela la vocation de prof, transmission collective ET souci de chaque enfant.

Je m’amuse à déambuler pendant l’exercice de prise de notes à partir d’un texte projeté sous forme de matrice à l’écran. Les cahiers des filles sont quand même mieux tenus que ceux des garçons, les filles et les garçons du 1er rang (les « Agnan ») recopient intégralement, très peu sont déjà capables d’utiliser des abréviations ou de reformuler de façon synthétique le contenu derrière la phrase initiale.

Pour finir, travail en petits groupes, un très bon apprentissage du travail en équipe.

To be continued…

Lire aussi:

Un patron chez les profs. Saison 2 (part 1)