On parle beaucoup partage du profit sur ce blog. Parlons pour changer du partage de la dette, ou plutôt du partage de la charge de la dette. Pas la dette publique, pour laquelle nos politiques ont déjà plein d’idées : la dette que supporte aujourd’hui chacun d’entre ceux qui ont choisi de s’endetter pour acheter un bien immobilier.

La « sortie de l’euro » est vue par certains comme une panacée.  Interrogeons-nous toutefois sur un des aspects qui concerne un nombre important de nos concitoyens : les emprunts qu’ils ont contractés à taux fixe en euros auprès de leur banque.

Une remarque s’impose : s’ils ont contracté à taux fixe en France, c’était pour éviter les malheurs de certains politiciens aventureux qui se sont laissés séduire par ces emprunts en devises à taux variable pour leurs collectivités locales (le franc suisse a eu sa mode chez nos édiles). Ces derniers se sont retrouvés, par le jeu des taux de change et d’intérêt, avec des remboursements qu’ils ne pouvaient plus honorer et ils se sont tournés vers l’état/nos impôts pour s’en protéger (cf. article de la Tribune).  Avec la « sortie de l’euro », c’est l’ensemble de nos concitoyens ayant emprunté pour leur/sa résidence qui se retrouveraient exposés à une devise désormais devenue étrangère… avec des conséquences qu’il nous faut préciser.

Cette « sortie de l’euro » vise à dévaluer la monnaie pour retrouver une certaine forme de compétitivité.

Regardons l’impact pour le Français lambda qui a un encours de crédit de 100 000€ sur 10 ans à 2% (NB : 31% des ménages ont un crédit immobilier en cours pour un encours total de 860Md€ d’encours = env. 100 000 € par ménage ayant un encours de crédit, avec un taux moyen avoisinant 2% et une maturité moyenne légèrement supérieure à 10 ans – source FBF).

Le coût total d’un tel crédit (100 000 € sur 10 ans à un taux de 2%) est de 110 416 €.  L’engagement qu’il a contracté est certes fixe (soit une mensualité de 920 €), mais libellé en euros : une dévaluation potentielle de la nouvelle monnaie nationale dans laquelle serait exprimée ses revenus se traduirait donc par un augmentation relative de sa mensualité. Le tableau suivant reprend l’impact du renchérissement de cette mensualité pour une valeur dévaluée d’un « nouveau » (nouveau) franc. Ainsi une dévaluation de 20% ferait passer la mensualité de 920 € à 1 150 F… ce qui équivaut à un renchérissement du taux du crédit qui passerait de 2% à 6,79% : on mesure un peu mieux ce qu’ont pu vivre nos amis grecs. La facture d’intérêt passe alors de 10 416€ à 30 416€.

Pour un couple venant d’acquérir et de s’endetter à hauteur de 400 000 € sur les 15 prochaines années, la facture totale d’intérêt passe de 63 326 € à 143 326 €… une inflation certaine du coût immobilier avec une incertitude majeure sur l’impact de l’opération politique sur les revenus de nos emprunteurs. Est-ce vraiment compatible avec leurs attentes probables en termes de pouvoir d’achat ?

Les solutions d’apparence simples sont parfois trompeuses, attention au miroir aux alouettes.

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