En 2015, les fonds en euros vont rapporter 2,25% nets en moyenne.

Le mouvement de baisse des rendements se poursuit, puisque 2,25% net, cela fait pas loin de -0,30% par rapport à 2014.

Evidemment vous n’avez peut-être pas constaté ce rendement dans votre contrat.

En effet, selon les assureurs et les contrats, l’écart type peut être du simple au double (de 1,8% à plus de 3,5%). Pourquoi ? Parce que les contrats les plus performants sont généralement ceux qui sont toujours commercialisés ! Ils sont  privilégiés par les assureurs par rapport aux contrats plus anciens puisque l’assurance vie n’est PAS TRANSFERABLE et que les anciens contrats ne risquent donc pas d’être transférés….

2,25%… 2016 signera-t-elle la fin de l’assurance vie en euros ?

Pas si vite ! On peut encore compter sur plus ou moins 2% nets en moyenne en 2016. Pas si mal avec une inflation à zéro, et un livret A à 0,75% depuis août mais qui aurait du si on applique la règle de fixation de son taux par rapport aux rendements du marché passer à 0,50% au 1er février !

Faut-il pour autant continuer à faire confiance aux fonds en euros ?

Nous ne le pensons pas, tant les zones de pression sont énormes pour tous les assureurs dans un contexte de mise en œuvre (enfin) de la directive solvabilité 2 qui les oblige à investir en emprunts d’Etat au rendement très faible.

Voici en synthèse le dilemme cornélien des assureurs vie :

  • Scénario 1 (actuel) : inflation nulle ou déflation, poursuite durable de l’environnement de taux bas avec l’aide des banques centrales, collecte nette de l’assurance vie positive, et réinvestissements importants des actifs anciens placés à rendement encore élevé arrivant à échéance. Ces flux achètent de l’OAT ou du Bund 10 ans à, respectivement, 0,90% et 0,50% de rendement annuel. Cela dilue considérablement le rendement des actifs mis en face des engagements des fonds en euros. Si on enlève les frais de gestion (coûts de structure et coût des fonds propres réglementaires),  on tend inexorablement vers un rendement proche de 0% à un horizon de 4 à 5 ans, et encore, avec des pertes pour les assureurs !
  • Scénario 2 : Remontée des taux plutôt rapide. Le crach obligataire qui suivra entraînera une décollecte (l’argent quittant les assureurs pour s’investir ailleurs à taux plus élevé). Les assureurs vendront des actifs en moins-value pour rendre l’argent aux épargnants, et feront face à des pertes importantes, au moins à des difficultés pour tenir leurs engagements. Dans ce scénario, il est probable que l’épargne sera en tout ou partie bloquée.

Les assureurs sont donc totalement schizophrènes puisqu’aucun de ces scénarios ne leur convient !

Ils veulent vider les fonds en euros, mais pas trop vite, en espérant étaler une hausse future pas trop rapide des taux. Ils ont le pied sur l’accélérateur et sur le frein en même temps !

Malgré tous leurs efforts pour obtenir du Gouvernement le droit de « transférer » les plus-values latentes des fonds en euros classiques pour doper les fonds Euro-croissance qui ne fournissent pas d’effet cliquet mais seulement une  garantie à échéance, la proposition de valeur de ces derniers dans les conditions de marché actuelles n’est pas assez attractive, le succès commercial n’est pas au rendez-vous

Donc ils se replient sur les Unités de compte, moins consommatrices de fonds propres et où l’épargnant prend le risque de marché. Il suffit de voir leurs campagnes actuelles pour s’en rendre compte.

Est-ce un mal pour l’épargnant ?

NON car :

  • Une allocation de bons fonds diversifiés flexibles fera toujours mieux sur longue période qu’un fonds en euros
  • Si on est dans un contrat destiné par exemple à la retraite dans lequel on consent des versements réguliers : une gestion pilotée qui prend des risques actions au début et sécurise progressivement l’épargne quand on se rapproche de l’échéance fera elle aussi toujours mieux qu’un fonds en euros
  • Et surtout la mort annoncée du rendement des fonds en euros met enfin les épargnants français devant la vérité de l’investissement : prise de risque maîtrisée et diversification sont la base du rendement ! Le rendement élevé garanti sans risque n’existe pas.

C’est particulièrement vrai en phase de capitalisation, c’est-à-dire de constitution de l’épargne.

Le problème se pose-t-il différemment en phase de restitution de l’épargne quand on vit sur ses économies, que ce soit sous forme de rente ou de retraits partiels réguliers ?

Avant oui, mais c’était avant.

Dans un contexte d’allongement de la durée de vie, ou la phase de vie après la retraite peut dépasser la durée de la phase d’épargne (parfois plus de 40 ans), dans tous les scénarios (taux durablement bas ou remontée de ces derniers avec retour de l’inflation), il va falloir admettre de continuer à conserver des actifs longs au moins pour une partie de son épargne si on veut maintenir son pouvoir d’achat/son train de vie.

Mais c’est une autre histoire….