Certains produits d’épargne retraite offrent une sortie en rente seulement et d’autres une sortie en capital et en rente. Avant de choisir un produit avec une sortie en rente uniquement, il est préférable de comprendre un peu mieux comment elle fonctionne et ses enjeux.

De façon générale, la rente est un revenu issu du patrimoine, d’où l’appellation de « rentier ». La rente est plus spécifiquement une somme fixée à l’avance et versée sur une période prédéfinie, elle est alors certaine ou jusqu’au décès, on parle alors de rente viagère. La somme peut augmenter ou non dans le temps.

La rente n’est pas populaire car pour bénéficier d’une rente, il faut aliéner son capital, c’est-à-dire y renoncer totalement. Le montant de la rente ne représente que 4% environ du capital, ce qui semble très faible. En plus, chaque individu doit se projeter sur sa date de décès théorique pour évaluer son intérêt, ce qui est peu enthousiasmant. Il y a donc très peu de personnes qui souscrivent une rente viagère immédiate une fois à la retraite. En revanche, si une personne verse régulièrement sur un contrat avant sa retraite tout en sachant qu’elle ne touchera jamais un capital, mais uniquement une rente, alors l’aliénation est plus facile à accepter.

Pourtant la rente a des avantages car elle offre une garantie d’un revenu à vie, revalorisé tous les ans et de nombreuses variantes. On peut ainsi en reverser tout ou partie à son conjoint ou ses enfants après son décès, garantir des annuités même après le décès (rente avec annuités garanties), piloter son montant pour qu’il progresse (rente progressive) ou diminue (rente majorée) et y ajouter éventuellement une assurance contre la dépendance. On peut donc faire varier sensiblement le montant au départ et dans le temps comme le montre le graphique ci-dessous. Ces choix sont complexes et il ne peuvent être faits que le jour où on part à la retraite.

Un des grands débats autour de l’épargne retraite est donc de savoir si un bon produit d’épargne retraite doit offrir une sortie en rente, en capital ou les deux. La France a opté pour une voie moyenne en obligeant la sortie en rente viagère dans les contrats de retraite d’entreprise (article 83, article 39) ou pour les travailleurs non salariés (Madelin), en offrant une sortie partielle en capital à hauteur de 20% dans le PERP (contrat de retraite individuelle) et une sortie en rente ou totalement en capital dans le PERCO. Certains pays comme le Japon, les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique ou les Etats-Unis avec le 401K proposent une sortie en capital ou en rente comme dans le PERCO. D’autres proposent une sortie partielle en capital proche du PERP, 25% au Royaume-Uni et en Suisse, 50% en  Italie, 30% en Allemagne sous forme de rachats programmés. Aucun n’oblige à une sortie obligatoire totalement en rente.

L’autre question est de savoir si l’épargne retraite peut permettre de financer un achat immobilier. En France seul le PERCO permet de retirer son argent avant la retraite pour financer un achat immobilier. En Italie, on peut financer un achat immobilier mais quelques années avant le départ en retraite seulement. En Allemagne, on peut rembourser un prêt immobilier au moment du départ en retraite avec le capital accumulé.

La question des transferts entre contrats d’épargne retraite est aussi importante. En France on peut transférer les avoirs entre contrats de même nature (article 83 vers 83, PERCO vers PERCO) sans être pénalisé. On peut aussi alimenter un produit individuel (PERP) à partir d’un produit collectif (Article 83) mais pas l’inverse ce qui n’a pas de sens. Or les épargnants souhaitent pouvoir tout regrouper sur un même produit plutôt que d’éparpiller les sommes dans plusieurs produits. On peut espérer que la législation évoluera dans le bon sens sur ce point.

Dans un post précédent, nous expliquions que pour choisir entre rente ou capital, il faut estimer le rendement que l’on pense obtenir avec son capital et son espérance de vie.

Comment le montant de la rente est-il calculé ? L’assureur anticipe le nombre d’années restant à vivre et le niveau de revalorisation de la rente. En effet un point essentiel de la rente est qu’elle est revalorisée tous les ans, ce qui est une protection supplémentaire. Si la conversion donne lieu au versement d’un nombre limité d’annuités, la revalorisation aura moins d’impact.

En France certains estiment que les tables de mortalité sont très pessimistes, c’est-à-dire que la longévité annoncée est largement supérieure à celle de la population générale. Mais la question est mal posée. Il faut se demander si l’espérance de vie de la population couverte par une rente correspond à celle de la table. Or l’espérance de vie des personnes avec des revenus élevés est supérieure à la moyenne et il se trouve que les souscripteurs de contrat avec des rentes ont des revenus plus élevés que la moyenne.

Le barème de conversion en rente étant forcément une moyenne, il y a aura des gagnants et des perdants. Alors à quand les assureurs qui majoreront ou minoreront les rentes de certains épargnants ?

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