Interview d’Olivier de Fontenay, Directeur Général de Eres, « Financement des particuliers », 1er septembre 2015, n°272

Financement des particuliers : Vous avez récemment publié une étude qui révèle que 85% des fonds monétaires, sur lesquels sont investis un tiers de l’épargne salariale, enregistrent des rendements nuls voire négatifs.

Olivier de Fontenay : La performance des fonds monétaires baisse depuis plusieurs années, dans la même lignée que le déclin des taux. Partis de ce constat, nous avons regardé à la loupe les rendements des FCPE monétaires de l’épargne salariale sur la période du 1er janvier au 31 mai 2015. Nous avons ainsi appris que 14% des fonds démontrent une performance positive très faible tandis que 49% en affichent une nulle et 37% une négative. En effectuant un calcul arithmétique de toutes ces performances, nous tombons sur une moyenne de 0,02% pour les cinq mois étudiés. En comparaison, la moyenne de 2014 du 1er janvier au 31 décembre était de 0,20%.

Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer ces rentabilités décevantes?

ODF : Depuis plusieurs années, les sociétés de gestion rognent sur leurs frais de gestion pour éviter de distribuer des performances médiocres. Or, ce contexte actuel de taux négatifs ne leur permet plus. Il faut se faire une raison, les fonds monétaires sont en train de passer en territoire négatif. Il est important de se souvenir que dans l’épargne salariale et plus particulièrement dans les accords sur les plans d’épargne, un fonds par défaut est défini. C’est sur lui que sont investies les sommes placées des salariés s’ils n’expriment pas de préférence. Ainsi, par exemple, si l’on vous verse une prime de participation, elle sera investie automatiquement sur les fonds monétaires de votre Plan d’épargne d’entreprise (PEE) ou votre Plan d’Epargne Retraite Collectif (PERCO) si vous n’avez émis aucun autre choix. Son rendement s’en retrouvera ainsi nul ou négatif sur plusieurs années puisque les sommes sont placées dans une logique de durée. La moyenne se situant à 4 ans pour le PEE. Avoir un investissement monétaire de 0 pendant 4 ans, autant dire que ce n’est pas la façon la plus avantageuse d’épargner. Un problème qui est d’autant plus grave avec le PERCO puisque l’investissement monétaire de 0 s’allongera jusqu’à survenance de la retraite. Il faut alerter les salariés des rendements nuls voire négatifs du tiers de leur épargne salariale. Les représentants du personnel et les entreprises également, puisque ce sont eux qui déterminent le fonds monétaire par défaut. C’est, entre guillemets, une responsabilité pour eux puisque cela va avoir un impact sur le choix potentiel de chaque employé. Ils sont assez frileux, ils ne souhaitent pas courir de risques, et c’est relativement normal. Toutefois, ils apprécient le risque de façon simpliste car pour eux il représente la perte en capital à tout moment. Or, quand on investit sur 4 ans ou pour la retraite sur 15 ans, il ne faut pas raisonner sur la perte en capital à tout moment mais sur la perte en capital à l’échéance. Et ça, malheureusement, ce sont des notions qu’ils ne maîtrisent pas.

La loi Macron, à laquelle vous faisiez référence un peu plus tôt, devrait tendre à faire changer ce dispositif avec désormais le choix par défaut pour le PERCO de la gestion pilotée retraite.

ODF : En effet. Nous sommes nombreux à conseiller ce mode. Même les pouvoirs publics, c’est bien que cela va dans l’intérêt des salariés. Pour rappel, la gestion pilotée retraite sécurise le portefeuille à mesure que le souscripteur se rapproche de la retraite. Donc, lorsque l’on est à 15 ans de la retraite, on peut se permettre un peu de risque avec des produits tels que des actions, des obligations ou un bon mélange. On va accepter un certain niveau de fluctuation à un instant T. En revanche, plus on va arriver à la date de mise en retraite, un an avant par exemple, plus on va protéger les investissements pour les garantir. Notre rôle aujourd’hui est de rencontrer les entreprises pour les informer sur les attraits de la loi Macron ainsi que sur la nécessité d’un choix par défaut pertinent pour le PEE.

Sentez-vous globalement les entreprises et les salariés suffisamment informés sur l’épargne salariale et leurs possibilités d’investissement?

ODF : Cela dépend de quel genre d’entreprise on parle. Si c’est une société qui verse 200€ par an de prime de participation et d’intéressement, il n’y a pas d’intérêt, ni d’appétit pour l’épargne salariale. A moins que les salariés soient eux-mêmes des épargnants aguerris. Le cas échéant, ils récupéreront de suite ces fameux 200€ annuels pour gonfler leur trésorerie. Or, une entreprise qui verse plus de 2000€ par an sur un plan d’épargne salariale, cela commence à représenter de l’argent. Il y a de plus un impact direct en termes de fiscalité pour ceux qui paient des impôts donc ils préfèrent investir dans les plans et commencer à s’intéresser. A nous, société d’épargne salariale, de mieux les inciter à s’informer et de leur faire comprendre que le monétaire peut être une bonne solution uniquement si l’on prévoit de récupérer son argent rapidement. Sinon, on peut essayer de partir sur un produit un peu plus risqué, mais également plus rentable.

« Financement des particuliers », 1er septembre 2015, n°272