Certains d’entre vous se rappelleront peut-être que depuis plusieurs années j’interviens en classe de découverte professionnelle dans le collège de Charlotte, professeur d’histoire, rencontrée parce qu’elle m’avait interpellé sur BFM Business à la suite d’une émission. Et bien cette année, hélas, c’était la dernière fois.

La réforme du collège supprime en effet la classe de Découverte Professionnelle à la rentrée 2016-17, et c’est navrant parce que j’ai pu vérifier cette année une dernière fois combien cette classe était utile.

De quoi s’agit-il ? Un professeur accepte de s’en charger en plus des cours qu’il ou elle donne dans sa matière. Les collégiens ont l’occasion de rencontrer 4 ou 5 fois dans l’année des professionnels de tous métiers (ingénieur/gendarme/commerçant/fonctionnaire civil/chef d’entreprise….) pour échanger sur le monde professionnel. Ils préparent les séances en effectuant des recherches personnelles, ont un questionnaire à remplir (questions imposées et questions qu’ils ont eux-mêmes formulées), et un travail de synthèse à rendre.

Et c’était je crois utile.

Cette année par exemple, la vingtaine de collégiens avec lesquels j’ai passé 2 heures était particulièrement concentrée. Dans le désordre, je crois qu’ils ont appris :

  • Que toutes les entreprises ne vendent pas à des clients particuliers : qu’il existe des entreprises dont les clients sont des entreprises. J’ai même pu en parlant d’Eres aborder la notion de « B2B2C » : Business to Business to Consumer
  • Que ce n’est pas parce qu’on ne peut pas toucher le produit (un fonds de placement, un contrat de retraite, une prestation de conseil) qu’il n’y a pas échange de biens et services facturables
  • La différence entre Chiffres d’Affaires et Résultat (et oui), et l’affectation du résultat : impôts, réinvestissement dans l’entreprise, dividendes, participation aux bénéfices
  • La décomposition d’une feuille de paye à la française, le rôle des prestations sociales. On a même parlé du projet de prélèvement à la source du Gouvernement
  • L’existence de réseaux sociaux professionnels, l’importance de la réputation pour une entreprise comme pour un individu
  • Qu’on peut très bien réussir dans la vie même si on n’est pas très « scolaire », mais que plus on se donne de mal à l’école, plus on ouvre de portes…

Pas de questions qui m’ont surpris cette année : l’expérience sans doute ! Parmi les rigolotes : « vous faites cela pour l’argent ? » ou « Comment avez-vous rencontré vos associés ? ». Je crois que le fait qu’on puisse avoir un scooter de fonction leur a bien plu aussi.

Fait notable : en classe de 3e, deux d’entre eux avaient déjà dans l’idée de monter leur propre entreprise, l’un dans l’hôtellerie, l’autre dans … l’expertise comptable !

A la fin des cours, j’ai eu le temps d’échanger avec un professeur de langues dont le poste est supprimé l’année prochaine car la réforme du collège supprime les classes bi-langues. Une autre source d’étonnement mâtiné de consternation : bien sûr elle prêchait pour sa paroisse mais elle m’a confirmé que la classe bi-langue permettait à de nombreux élèves d’exceller alors que leur niveau dans les autres matières était limité, et qu’elles étaient un des éléments de l’ascenseur social.

Je ne regrette pas ces expériences des dernières années. Mais je reste stupéfait de la suppression de cette initiative scolaire de terrain qui me semblait utile pour la préparation de nos enfants au monde professionnel et la naissance de vocations.