En 1967, après les élections, de Gaulle rencontre dans ses projets une hostilité du personnel politique, du patronat et de certains syndicats. Il est désormais décidé à passer par ordonnance pour imposer la Participation : nous verrons qu’il le fera à l’été.

4e et avant-dernière étape de notre saga de la Participation voulue et mise en œuvre par le Général de Gaulle.

A la suite des élections de mars 1967 gagnées de justesse par l’UDR, le projet rencontre toujours pas mal d’hostilité, même au sein du gouvernement, ainsi que de la part du patronat et de certains syndicats. La commission installée en 1965 pour traduire cette intention dans la loi traîne des pieds et le Général s’impatiente, car la promesse n’est toujours pas tenue. Sa décision est probablement prise, il passera outre les résistances et mettra au carré le chantier par Ordonnance, comme la constitution de 1958 le lui permet.

Cette archive présente un premier intérêt amusant : le Général de Gaulle inaugure ce 16 mai 1967 un nouveau format de conférence de presse où il affiche une co-responsabilité d’information avec les journalistes et se propose de prendre leurs questions et d’y répondre…mais on voit qu’il a du mal 😉

La séquence qui nous intéresse est située entre la minute 30 et la minute 37 de l’enregistrement : Lien vers la conférence de presse du 16 mai 1967

Transcription :

« Ces conséquences, c’est que nous sommes obligés à une évolution économique constante, que tout nous commande de conjuguer avec la progression sociale. En quoi consistent cette évolution et cette progression ? Dès lors que notre pays abaisse ses barrières protectrices, il est nécessaire que nos industries s’adaptent continuellement aux exigences de la concurrence, et ça implique qu’un vaste effort de productivité avec tout ce qui s’y rapporte de recherche, d’investissement, d’équipement soit mené par nous sans relâche. Pour cet effort, il y a deux leviers concevables, chez nous comme ailleurs. L’un c’est la contrainte totalitaire, c’en est un. Et l’autre, c’est l’esprit d’entreprise, c’en est un autre. Nous avons choisi le second, et cela pour des raisons qui tiennent à notre caractère national, au degré de notre développement et à la comparaison entre les résultats respectivement obtenus par l’un et l’autre système quant au rendement, quant à la prospérité collective et quant au sort matériel et moral de chacun. Alors, nous avons fait notre choix qui consiste à ouvrir la carrière à la liberté, mais nous rejetons absolument le laisser-faire, laisser-passer, et nous voulons qu’en notre siècle ce soit la République qui conduise la marche économique de la France. C’est dire que tout ce qui a été entrepris d’une manière systématique va être poursuivi systématiquement sur la même ligne, en ce qui concerne aussi bien la modernisation de l’industrie, de l’agriculture, du commerce, que le développement rationnel de nos diverses régions. Mais, il va de soi que les changements apportés à la structure et à l’emplacement, aux structures, aux emplacements de nos activités nationales, nous posent des problèmes sociaux. Et c’est avant tout le cas pour l’emploi. Qu’il s’agisse des jeunes, qui en sortant des écoles doivent entrer dans une carrière ou bien des adultes dont les réformes mettent quelquefois et souvent en cause la situation ou de tous les salariés, cadres compris, que la productivité grandissante des entreprises obligent à améliorer leur technique. Il est nécessaire d’aménager leur destination, leur mobilité et leur capacité. Comment ? Information organisée à l’échelon national quant aux offres et quant aux demandes d’emploi. Formation et perfectionnement professionnel. Encouragement apporté à la création d’entreprises nouvelles. Aide, prêter directement aux travailleurs qui sont l’objet d’une mutation. Voilà les moyens à employer pour cette adaptation qui est inhérente au progrès et à la concurrence. Il va de soi que le bon sens, et le bon sens l’exige, que les administrations publiques, les directions des entreprises, les organismes professionnels, en face d’un pareil changement, se tiennent en contact régulier et objectif. Mais ça implique qu’il ne s’agisse pas de confrontations empoisonnées par des manœuvres politiques. Cette rénovation, car c’en est une, a besoin, à partir de la base, d’une impulsion et d’un ressort. Sans doute, faisons nous en sorte, pour atteindre ces buts à long terme, que l’éducation nationale s’ouvre à tous les échelons, à tous les jeunes, et que l’orientation les répartisse suivant les disciplines, d’après leurs aptitudes propres, et les besoins de la collectivité. Mais il est également nécessaire, que pour adhérer franchement, ardemment à la transformation de la France, les travailleurs participent, non pas seulement au gré des contrats relatifs à leur salaire, mais d’une manière organique et en vertu de la loi au progrès de l’expansion. Que ceci se traduise en bénéfice ou en enrichissement. Dans cette voie qui nous conduit sans aucun doute à un ordre social nouveau, fondé sur l’association, en même temps que sur l’esprit d’entreprise, déjà quelques parts, ont avec avantage, été essayés de-ci de-là, mais maintenant c’est une étape que nous avons à franchir. Voilà ce qui est fait, voilà ce qui est à faire, pour bien voir et traiter un pareil ensemble, il ne faut pas que les arbres cachent la forêt, et il ne faut pas que les partis pris obscurcissent l’intérêt général. »


Lien vers les posts précédents :

1949 : Le capitalisme à la papa et les professionnels de la lutte des classes

1952 : La Participation s’appelle encore l’Association et continue à mûrir

1966 : l’association devient la participation