Moins de 3 semaines nous séparent du premier tour des élections et il paraît encore difficile à qui ne s’y intéresse de près de pouvoir comparer les programmes. Stéphane Hamayon, économiste chez Harvest s’attelle à la tâche concernant les projets de réforme du système de retraite par répartition.

Nous tentons ici d’en synthétiser les principaux enseignements et soulevons dans chacun des cas une ou plusieurs questions pour challenger chacune des options retenues.

Son étude complète et détaillée est accessible ici.

Les partisans du statu quo : Un équilibre reposant sur les transferts en provenance de l’assurance chômage

Le maintien en l’état du système de retraite – âge légal de départ à 62 ans, durée de cotisation de jusqu’à 172 trimestres – conduit à des déficits important du régime selon les hypothèses du COR.

Néanmoins, les partisans du statu quo s’appuient pour garantir la viabilité du régime sur une disposition mise en place par la loi Fillon de 2003 : La possibilité de transférer les excédents de l’assurance chômage vers les systèmes de retraite.

En effet, le graphique ci-dessous montre qu’avec une hypothèse de retour au plein emploi (taux de chômage =5%, taux de croissance de 1,5%, nous vous laissons juges de la fiabilité de ces hypothèses) en 2035, ces transferts permettraient d’équilibrer le régime.

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Le taux de chômage n’a que peu d’influence sur les comptes des régimes de retraite mais il influe très fortement sur le montant des transferts envisageables.

A titre d’illustration, S. Hamayon montre que les hypothèses de long terme suivantes – taux de chômage = 7%, taux de croissance = 1,0% – conduirait à un besoin de financement de 41 Md€ par an, soit un financement qui nécessiterait une augmentation d’environ 6% du taux de cotisation au titre de l’assurance vieillesse.

Question au candidat :

Dans un tel cas, vers quel type de réforme tendrez-vous :

  • Augmentation de l’âge légal et/ou du nombre de trimestres pour obtenir le taux plein ?
  • Augmentation du taux de cotisation au titre de l’assurance vieillesse ?

Le retour à la retraite à 60 ans : Une proposition radicale

Comme évoqué dans son étude, il s’agit ici d’un projet à contre-courant des évolutions démographiques et sociologiques si bien que cette option n’est pas chiffrée par le conseil d’orientation des retraites.

Dans un tel cas les transferts de l’assurance chômage ne permettraient pas, même dans l’hypothèse de retour au plein emploi, de faire face aux déséquilibres du régime. S. Hamayon estime entre 5% et 15% selon plusieurs scenarii la hausse nécessaire des cotisations à l’assurance chômage pour financer ce déficit.

Question au candidat :

Une telle hausse de cotisation en économie ouverte ne pèsera-t-elle pas sur la compétitivité de la France en augmentant fortement un coût du travail déjà élevé en France ?

Passage à la retraite à 65 ans

Le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 est une mesure qui semble naturelle au regard de l’augmentation de l’espérance de vie. Elle permet également de:

  • ne pas augmenter le niveau des cotisations à l’assurance vieillesse
  • ne pas être soumis à la volatilité des transferts potentiels en provenance de l’assurance chômage
  • maintenir le taux de remplacement (rapport entre le niveau des prestations retraite et le revenu d’activité)

Cette réforme soulève néanmoins une question essentielle.

Question au candidat :

Avec un taux d’emploi des 60-64 ans de 27% en France, quelles sont les mesures envisagées pour qu’une telle réforme ne conduise pas uniquement à un transfert de déficit des régimes de retraite vers l’assurance chômage ?

Mise en place de comptes notionnels

Dernière proposition évoquée, une remise à plat complète de notre régime de retraite par la création de comptes notionnels.

Ce système déjà en place dans d’autres pays européens fonctionne par l’acquisition tout au long de sa carrière de « point » de retraite. L’idée au cœur de ce système est le calcul d’une valeur de conversion du « point » qui dépendra de l’espérance de vie du futur rentier à la date de liquidation.

Ce système a ainsi vocation à s’équilibrer spontanément et à ne pas nécessiter de réforme successive.

Chaque citoyen choisira alors sa date de retraite librement en fonction du montant qu’il souhaite percevoir.

Si cette proposition apparaît comme la plus innovante et la plus pérenne, elle est également celle qui soulève le plus de questions.

Questions aux candidats :

  • comment et à quel rythme cette réforme est envisagée pour éviter les problèmes rencontrés en Italie par une mise en place trop rapide ?
  • cette réforme nécessite l’alignement de tous les régimes (fonctionnaires, régimes spéciaux, TNS) : le gouvernement aura-t-il la capacité à imposer un changement si radical ?
  • enfin et surtout, cette réforme n’étant que technique, elle conduira nécessairement à une des conséquences suivantes :
    • Augmenter le niveau de cotisation à l’assurance vieillesse pour maintenir le même taux de remplacement à chaque âge
    • Conduire les citoyens à repousser leur date de départ pour maintenir leur niveau de retraite ou à accepter une retraite plus faible

Dans cette situation, quelle sera la piste privilégiée par le candidat ?