Bruno Vanryb, PDG d’Avanquest Software, Co-fondateur de Croissance Plus et Président du collège Editeurs du Syntec Numérique nous donne son point de vue de chef d’entreprise sur le combat des « pigeons », l’entrepreneuriat et la croissance des entreprises. A lire absolument !

L’épisode  des « pigeons » est-t-il oublié ?

Bruno Vanryb : On se souviendra longtemps du buzz suscité par le mouvement des « pigeons » au moment de la discussion du projet de loi de finances, première fronde Internet des entrepreneurs français. On se souviendra moins de l’objet de leur combat, tant celui-ci a été caricaturé ou noyé dans des discussions techniques sur les mesures fiscales décidées par le gouvernement. On peut discuter sans fin de la justesse d’une imposition majorée sur le capital ; c’est un débat idéologique qui ne m’intéresse pas en tant qu’entrepreneur. Ce qui importe, c’est d’arrêter de dénaturer l’esprit des incitations à la création et au développement d’entreprises qui existent encore en France aujourd’hui.

Quel est par ailleurs le vrai combat des « pigeons » ?

Bruno Vanryb : En politique, tout est affaire de symboles. Un gouvernement qui n’a pas comme priorité l’entrepreneuriat, c’est peut-être la trace qui restera dans l’opinion après l’épisode des « pigeons ». Il n’est pas certain que les nombreuses déclarations d’intentions favorables aux entrepreneurs, associées aux récentes assises de l’entrepreneuriat, suffiront à effacer ce sentiment diffus. Pourtant, il faut dire et répéter que la création d’entreprise est un levier essentiel pour sortir de la crise, pour faire que nos start-up se développent, deviennent des PME puis des ETI exportatrices et créatrices d’emplois. C’est pourquoi, ne nous méprenons pas : le combat que les « pigeons » ont pu mener, ce n’est pas que du corporatisme ! Il a au contraire pour but d’apporter une solution constructive aux problèmes du pays, une solution qui n’opposerait pas les chefs d’entreprise aux salariés.

De quelle solution s’agit-t-il concrètement ?

Bruno Vanryb : A titre d’exemple, on a beaucoup parlé de l’imposition des investisseurs et dirigeants, mais peu de celle des salariés. Pourtant, la loi de finances 2013 ne fait pas que pénaliser lourdement et injustement intéressement et participation, seuls outils efficaces de partage des bénéfices. Elle cache dans ses subtilités des mesures qui déstabilisent l’attribution d’actions gratuites aux collaborateurs. Loin d’être un outil de spéculation, l’action gratuite est, comme la Participation et l’Intéressement quand un accès aux actions de l’entreprise est offert dans le PEE, un moyen de développer l’actionnariat salarié ; cela permet un accès plus large au capital de leur entreprise et sa sécurisation à moyen terme. C’est un instrument de récompense, alors que les augmentations salariales sont aujourd’hui contraintes, étant donné le contexte économique. En rendant l’attribution de ces actions gratuites moins attractives au travers de la fiscalité et des contraintes d’acquisition et de cession, on enlève des mains de l’employeur un levier d’augmentation du pouvoir d’achat de ses collaborateurs, quel que soit leur niveau hiérarchique. Enfin, c’est, pour des entreprises françaises, un levier d’attractivité pour fidéliser les salariés étrangers, qui sont courtisés par les géants américains ou asiatiques.

Comment peut-on développer l’actionnariat salarié ?

Bruno Vanryb : C’est urgent et l’enjeu est de taille, il faut repenser l’actionnariat salarié et sensibiliser les pouvoirs publics sur ce dispositif pour revenir à son esprit originel : le partage du capital entre tous ceux qui font vivre une entreprise. Sans entrer dans les solutions techniques, la clef est de redonner à ce dispositif simplicité, lisibilité, attribution élargie sans pénalisation fiscale pour que tout salarié qui en bénéficie puisse en percevoir les avantages réels.

Le gouvernement souhaite rééquilibrer revenus du capital et revenus du travail. C’est compréhensible. Mais imposer massivement les revenus du capital, surtout pour l’actionnariat salarié, constitue un nivellement par le bas. A mon sens, c’est le contraire qu’il faudrait faire, donner accès au capital à un plus grand nombre pour mieux partager la richesse dans une économie financiarisée. Voilà un objectif qui me semble totalement acceptable à gauche comme à droite.