Bruno Lemaire a affiché un objectif politique de 10% du capital de nos entreprises détenu par les salariés en 2030. Mais au fait pour quoi faire ?

Pour situer l’objectif de 10% il faut savoir d’où l’on part.

En environnement coté on part de 4% du capital détenu par les salariés en France (avec 8 entreprises sur 10 qui pratiquent l’actionnariat salarié élargi / collectif !) et en non coté de pas plus de 2% (dans seulement 4% des entreprises !).

L’objectif de 10% relève certainement plus de la ComPol que de la certitude. Et comme en matière d’actionnariat salarié il ne saurait être question de contrainte ou d’obligation, il s’agit bien d’une tendance que l’on souhaite favoriser et pas d’un objectif quantitatif en dur visé comme une cible budgétaire.

Derrière l’effet d’annonce, il serait intéressant de savoir pour quoi faire, ou encore quels seraient les bénéfices à attendre de ces 10%. Sinon l’actionnariat salarié ne serait qu’un « gaullisme social revival », pas forcément adapté au monde économique et social actuel.

En termes de bénéfices attendus, nous en voyons chez Eres principalement 3. Nous terminerons par les deux plus « philosophiques ». Mais commençons par le plus concret :

1/ L’actionnariat salarié permet à chaque entreprise, en fonction de sa situation et de ses perspectives, d’augmenter ses chances d’atteindre ses objectifs de business et de ressources humaines.

Exemples concrets issus de cas de clients d’Eres récents de toutes tailles :

  • Transmission par un couple d’une entreprise artisanale à deux collaborateurs plus jeunes mais sans patrimoine.

Les propriétaires ont commencé par attribuer 10% d’actions gratuites aux jeunes qui travaillent avec eux. En amorçant ainsi la pompe avec le cadeau (sous condition de présence et de performance), ils ont solvabilisé leurs repreneurs qui ont pu nantir leurs actions obtenues gratuitement, emprunter de quoi racheter le solde des actions et rembourser l’emprunt avec le dividende dans la durée.

  • Attraction de personnes clés dans une société en démarrage qui n’a pas le moyen de payer l’expérience et la séniorité au prix des salaires des environnements plus installés où elle trouve les bonnes personnes pour son développement.

En s’intéressant à la partie capitalistique, on donne du levier en contrepartie duquel on peut faire venir les gens pour moins cher que si on avait utilisé exclusivement du salaire. Et on valide la capacité à entreprendre/prendre des risques des recrutés, c’est-à-dire leur compatibilité avec un état d’esprit entrepreneurial.

  • Arrimage de l’équipe d’une société rachetée qu’on intéresse au capital de l’acheteur pour garantir qu’ils ne s’envoleront pas comme une volée de moineaux dès la fin de leur engagement de rester.

On sécurise ainsi la valeur de ce qu’on a acheté et la motivation des cédants à travailler au déploiement de leur savoir-faire sur le portefeuille de clients de l’acheteur pour générer de la croissance.

  • Association de tous les collaborateurs dans une entreprise sous LBO avec des investisseurs financiers pour la durée du plan de développement, plans renouvelés à chaque changement d’investisseurs.

Chez Eres notre client le plus fidèle de ce point de vue entamera bientôt son 5e LBO, et à chaque fois pour aller plus loin (développements internationaux, investissements). La première fois (c’était un « spin off » d’une grande entreprise cotée), les instances représentatives du personnel ont marqué de la méfiance. A la dernière opération (la 4e), ce sont elles qui ont réclamé !

  • Actionnariat salarié à base d’opérations régulières dans un grand groupe s’accompagnant d’un flux régulier d’information et de partage sur la marche des affaires.

Quand on emploie des dizaines voire des centaines de milliers de collaborateurs dans des dizaines de pays, dans plusieurs lignes de business, avec des opérations de croissance externe, l’actionnariat salarié est un moyen très efficace pour créer la cohésion, intégrer les acquisitions, et lutter contre la force centrifuge. Avec l’actionnariat vient la communication sur la marche des affaires, parfois même en traitant chaque salarié comme un actionnaire individuel.

2/ L’actionnariat salarié associe à la valeur créée

Il ne s’agit plus ici de dépasser le clivage capital/travail des trente glorieuses et des quelques années piteuses qui ont suivi mais bien de considérer que dans un environnement économique ouvert, mondialisé, collaboratif, le capital humain, même dans l’industrie, est la clé de la croissance et de la compétitivité de nos entreprises.

Associer quand c’est justifié les collaborateurs au capital, au-delà du simple flux financier de participation ou d’intéressement, permet d’aller plus loin.

Nous avons déjà souligné l’impact de l’actionnariat salarié en termes de moindre taux de départ volontaire, de moindres licenciements, et mis en valeur les  nombreux cas de surperformance économique, de mesures de motivation et d’engagement supérieurs.

On peut rajouter ici un point essentiel : la revalorisation du statut d’actionnaire. Pas forcément d’entrepreneur (on peut considérer que les entrepreneurs sont de nouveau des héros en France) mais d’actionnaire. Cela n’est pas une honte de détenir des actions, c’est même faire acte de citoyenneté. L’actionnariat salarié est un des principaux liens des citoyens avec le capital de nos entreprises.

3/ l’actionnariat salarié permet une ouverture vers une gouvernance plus aérée

Tout le patronat n’est pas d’accord, mais en environnement coté au moins, l’actionnariat salarié crée un appel d’air, du fait de la réglementation ou bien de façon volontariste, vers une plus grande représentation des salariés dans les conseils d’administration.

Entendons-nous bien, l’entreprise n’est ni un kolkhoze, ni une démocratie. Mais aérer les conseils en y logeant des représentants des salariés est une bonne chose, et permet de dépasser « l’entre-soi » que l’on a souvent reproché au capitalisme français.

Evidemment c’est plus compliqué dans le non coté, notamment familial. Mais c’est parfois utile pour sortir des querelles d’héritiers et « voir encore plus loin », si la gouvernance familiale y est prête.

La richesse de l’actionnariat salarié, pour les entreprises qui sont en situation de l’utiliser, est source de valeur.

En savoir plus sur les risques de l’actionnariat salarié ICI